Qui, quoi, quand, où ? Sœurs siamoises

Bienvenue pour la seconde publication de la catégorie « Qui quoi quand où ? » !
Vous êtes intrigués, curieux… Tant mieux !

Nous vous avons concocté une petite nouveauté à partager : cette catégorie n’est pas à proprement parler un forum de discussion (vous en trouverez sur le site internet du CGA) mais plutôt un espace d’échange et de partage autour d’un thème ou d’une question.
Une photo sans légende, une illustration énigmatique, un nœud difficile à dénouer sans l’aide d’autres lecteurs ? Vous êtes au bon endroit ! Il n’y a pas de sotte interrogation, pas d’hypothèse saugrenue, pas de trop petite contribution. Même les grandes recherches scientifiques se nourrissent de petites histoires anecdotiques !
Nous comptons sur vous pour participer, alimenter et faire vivre ces « pages »,
en proposant de nouvelles énigmes à résoudre (envoyez-nous vos propositions par mail) et en commentant largement les articles publiés. Merci !

Qui, quoi, quand, où ? Sœurs siamoises

En parcourant la fabuleuse mine d’images de la Bibliothèque Nationale Universitaire de Strasbourg, nous avons trouvé par hasard cette étonnante gravure que nous vous soumettons : il s’agit de la naissance de sœurs siamoises à Rouffach en 1678 ! Nous vous proposons cette passionnante énigme comme participation au Généathème, challenge d’écriture et de généalogie initié par Sophie BOUDAREL (blog La Gazette des ancêtres) et relayé par Généatech :

Le #Généathème d’avril 2021 est consacré aux naissances multiples.

Sujet :  ROUFFACH, Naissance monstrueuse
Auteur  :  Schmuck, Friedrich Wilhelm. Illustrateur ;
Sartorius, J. C. (graveur)
Publication : 1678
Source : Gallica BNU Strasbourg
« Anno 1678, den 17 Januarii ist diese Miszgeburth zu Ruffach in ober Elsass von einer Burgersfrau gebohren worden, das eine Kind war tod auf die Welt kommen, das andere aber ist zwo stund nach der Tauff auch gestorben »

Le texte en allemand légendant la gravure est :
Anno 1678, den 17 Januarÿ ist diese Miβgeburth zu Ruffach in ober Elsaβ von einer Bürgersfrau gebohrn worden, das eine Kind war tod auf die Welt kommen, das andere aber ist zwo stund nach der Tauff auch gestorben
Que l’on peut traduire par :
L’an 1678, le 17 janvier, ce « Miβgeburth » est né à Rouffach en Haute Alsace d’une femme de bourgeois, dont un enfant est venu au monde mort, mais l’autre est mort deux heures après le baptême.
NB : l’orthographe « Miszgeburth » indiquée en légende de l’image sur le site Gallica est une mauvaise lecture du texte caligraphié « Miβgeburth » qui signifie enfant mal formé.

Qui, quoi, quand, où ? Questions sur l’enquête :

Dans cette énigme, nous connaissons le « quoi », le « quand », le « où » ! Nous savons qu’il s’agit d’enfants siamois (deux filles d’après la gravure), filles d’un bourgeois, nées le 17 janvier 1678. Rappelons qu’à cette date l’Alsace ne fait partie du royaume de France que depuis 30 ans ! Les jumelles ont vu le jour à Rouffach, capitale du Haut Mundat. Mais qui sont ces deux soeurs dont l’une semble avoir vécu quelques heures ? Peut-on en trouver la trace dans les registres paroissiaux (en ligne pour la ville de Rouffach dans le Haut-Rhin) ? La notice du catalogue de la BnF nous donne-t-elle des indices ? Quelles sont vos suggestions ? Aidez-nous à remettre un nom sur ces pauvres petits corps !

Que sont les jumeaux fusionnés ?

Le terme exact pour désigner des frères ou soeurs siamois(es) est “jumeaux fusionnés“ ou “jumeaux conjoints“. Ces jumeaux sont nécessairement issus d’une grossesse monozygote (“vrais jumeaux“), dans le cas rare où la grossesse est monochoriale et monoamniotique (un seul placenta et une seule poche amniotique). Les deux embryons sont issus du même œuf mais la séparation en deux de l’œuf fécondé ne se fait pas complètement ; les deux fœtus vont alors se développer en restant soudés l’un à l’autre.

Le terme couramment utilisé de « siamois » vient du couple de jumeaux fusionnés célèbres : les frères Chang et Eng Bunker, nés en 1811 au Siam (ancien nom de la Thaïlande). Ils étaient reliés au niveau du foie et du sternum. Ils furent exhibés comme « curiosités » par Barnum aux États-Unis et dans toute l’Europe. On les surnomma les « frères siamois ». Ils épousèrent deux sœurs avec lesquelles ils eurent 22 enfants ! Ils moururent en 1874.

Quelques jumeaux fusionnés dans l’histoire :

  • Théophane le Confesseur, historien byzantin du IXème siècle, rapporte que vers 385, dans le village d’Emmaüs en Palestine, un enfant à deux bustes et deux têtes vécu pendant deux ans.
  • Un manuscrit de la fin du XIIème siècle décrit un cas de deux frères siamois, nés vers 940. L’un d’eux mourut en 970 et une tentative de séparation chirurgicale fut faite en Cappadoce ou à Constantinople, mais l’autre mourut trois jours plus tard.
  • Au XIIème siècle, les soeurs anglaises Chulkhurst, Mary et Eliza, dites « les demoiselles de Biddenden » étaient unies par la hanche et l’épaule. Elles vécurent 34 ans (de 1100 à 1134) et moururent à 6 heures d’intervalle.
  • Au XVIIème siècle, le chirurgien Johannes Fatio de Bâle (Suisse) réalise la première séparation réussie de jumeaux siamois. Elisabeth et Catherina, filles de Clementina Meijerin, nées le 23 novembre 1689, étaient attachées par l’ombilic et l’appendice xiphoïde (la partie inférieure du sternum). Johannes Fatio ayant été exécuté deux ans plus tard, le physicien et médecin suisse Emanuel König, publia le cas comme s’il était le sien. Nos petites jumelles siamoises de Rouffach étaient nées onze ans plus tôt seulement, à quelques dizaines de kilomètres de Bâle…
  • Ilona et Judit Gófitz (Helen et Judith de Szőny), connues sous le nom de soeurs hongroises, étaient jumelles conjointes de Szőny (Hongrie). Nées le 19 octobre 1701, les soeurs pygopagus (jointes au bassin, de dos), furent examinées par des médecins et exposées dans toute l’Europe. De 9 ans à la fin de leur vie à 22 ans, elles vivent dans un couvent de Presbourg (Hongrie). Elles meurent à quelques heures d’intervalle le 8 février 1723.
  • Les jumelles pygopagus Millie et Christine McCoy sont nées en esclavage en Caroline du Nord en 1851. Séparées de leur mère à la naissance et vendues à un showman , JP Smith, elles sont kidnappées par un rival qui s’enfuit en Angleterre. Mais l’esclavage y est déjà interdit… Smith vient y pour récupérer les filles amenant avec lui leur mère, Monimia. Smith et sa femme donnèrent aux jumelles une éducation : elles apprirent à parler cinq langues, à jouer de la musique et à chanter. Elles firent « carrière » dans le spectacle (Barnum), connues comme « Le rossignol à deux têtes ». Elles moururent de tuberculose en 1912, à 17 heures d’intervalle.
Six types de jumeaux fusionnés symétriques, selon Des monstres et prodiges (1573, second volume d’un ensemble nommé Deux livres de chirurgie), d’Ambroise Paré (chirurgien et anatomiste français, 1510-1570).

Sources :
GALLICA BnF : « Rouffach, Naissance monstrueuse »
WIKILAND : « Jumeaux siamois »
WIKIPEDIA : « Jumeaux conjoints »
CNEWS : « Pourquoi les « jumeaux fusionnés » sont-ils appelés « siamois » ? »

Vocabulaire allemand :
Miβgeburt = Missgeburt = enfant mal formé
Jumeaux = gémeaux = Zwillinge
Naissance gémellaire = Zwillingsgeburt
Jumeaux siamois = jumeaux attachés = jumeaux fusionnés = jumeaux conjoints =
siamesische Zwillinge

Nous attendons avec impatience vos commentaires et vos suggestions pour retrouver la famille de ces petites demoiselles !

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Participations au challenge #Généathème d’avril 2021 :

Lire la précédente enquête Qui, quoi, quand, où ?

Nous attendons avec impatience vos commentaires et vos suggestions pour retrouver la famille des sœurs siamoises nées à Rouffach le 17 janvier 1678 !

6 commentaires

  1. Je ne peux m’empêcher de me demander : est-ce qu’une famille « bourgeoise » de cette époque aurait couru le risque de reconnaître une filiation avec ce qui passait aux yeux du monde comme « des monstres ou des prodiges » ?

    Je pense qu’il est vain de chercher à donner un nom à ces pauvres enfants, mais si l’on me demandait de creuser malgré-tout, je tenterait de réduire petit à petit le champ de recherche en isolant dans un premier temps les familles bourgeoises de la commune et des alentours et ensuite de réduire en sélectionnant les couples qui n’ont plus eus d’enfants après cette date.

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    1. Merci beaucoup pour ces pistes et conseils avisés. En effet, il est peu probable qu’une famille ait souhaité « revendiquer » et afficher la paternité de cette naissance… Le curé aurait-il alors « péché par omission » en ne mentionnant ni naissance ni décès dans les registres ? Par ailleurs, nous avons trouvé un second cas de siamois nés en 1672 à Strasbourg et dont le nom est mentionné. Affaire à suivre !

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  2. Bonjour,
    Merci pour ce très bel article bien documenté. Et merci également pour le récapitulatif de tous les articles du Généathème : c’est une très bonne idée !
    Bien qu’angevine et non alsacienne, je me permets d’ajouter un lien vers un article qui parle d’un enfant difforme, sans doute des siamois déformés qui intéressera peut-être quelqu’un :
    https://feuillesdardoise.wordpress.com/2017/06/05/d-comme-difforme/
    Et aussi le lien vers ma page récapitulative des naissances multiples en Anjou :
    https://feuillesdardoise.wordpress.com/page-des-naissances-multiples/
    A compléter sans modération.

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    1. Merci beaucoup pour ce commentaire très constructif et pour le lien qui complète parfaitement notre article.
      Si seulement nous avions eu la chance comme vous de trouver un acte de naissance aussi détaillé pour nos petites siamoises de Rouffach ! Nous ne désespérons pas de leur donner un jour un nom grâce aux nombreuses pistes proposées par les internautes (notamment sur le groupe Facebook Généalogie et culture alsaciennes). À suivre…
      Merci aussi pour l’article sur les enfants « de la même ventrée »!
      LM

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